Tout ça pour ça

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 25/11/11 à 1:20

Les sifflements assourdissants des tirs allemands donnaient le vertige. Autour de nous, un déluge de feu, de sang, de sable, d’eau de mer, un tourbillon de cris, de larmes, de mort. J’aurais préféré découvrir les plages normandes à une autre occasion. Devant nous, le capitaine hurlait à qui pouvait encore l’entendre qu’il nous fallait avancer, que nous n’avions pas fait tout ce trajet pour rien, que nous n’étions qu’une bande de trouillards si nous n’avancions pas, mais avancer où, comment, lorsque les cadavres de nos compagnons s’entassent et semblent former un mur infranchissable ? Lentement, nous parvenions à nous rapprocher des blockhaus d’où émanaient de furieuses salves de métal chauffé à blanc. Arrivés à flanc d’une colline, nous nous allongeâmes immédiatement le long de ce qui allait pour les trente minutes suivantes devenir un abri de fortune. Il fallut une dizaine de grenades, mais finalement l’une d’entre elles parvint à pénétrer la meurtrière derrière laquelle se terraient nos agresseurs. Trop heureux à l’idée de pouvoir observer le résultat de cet exploit, nous nous précipitâmes à l’intérieur et découvrîmes à notre grande surprise que deux des soldats allemands étaient encore vivants. Immédiatement à ma droite, le G.I. Shawn Goggins reçut un coup de couteau rouillé dans le genou. Il s’effondra en hurlant de douleur, non sans avoir le temps d’achever son assaillant d’une balle entre les deux yeux. L’autre soldat fut fait prisonnier. Tandis qu’il se penchait sur Shawn et regardait la vilaine plaie ouverte, le capitaine prit un air contrit et gromella “Better cut the damn leg…” et alors que la stupéfaction se lisait sur nos visages il tenta maladroitement de s’expliquer “…he’s one foot in the grave already !”

Nous sortîmes du blockhaus et je soutenais Shawn. Pendant ce temps sur la plage, nos camarades progressaient eux aussi petit à petit et les dernières lignes de résistance allemandes tombaient les unes après les autres. Deux heures plus tard, leurs troupes étaient en déroute et le débarquement était un succès… malgré son coût atroce en vies humaines. Des dizaines, des centaines de mes copains étaient quelque part, là, dans l’eau, sous le sable, sous les corps, sous le sang. Alors que les larmes perlaient sur mes joues, une explosion me tira de ma torpeur: notre prisonnier allemand venait de marcher sur une mine. Ses deux jambes étaient en charpie, son torse brûlé, son visage se tordait de douleur. Autour de lui, beaucoup venaient d’hériter de shrapnels souvenirs dans leurs bras, leurs jambes, leurs corps, et très vite tous furent persuadés qu’il avait volontairement sauté sur l’explosif afin de blesser le plus possible d’entre nous. Le capitaine trancha rapidement “Let the bastard die… one less poor fuck to feed…” et tout le monde fut d’accord pour l’abandonner sur la plage, même si on jura, une fois ses cris de souffrance réduits à néant, qu’il s’agissait d’un rire vengeur.

Nous voulions gagner au plus vite un village avant la nuit, persuadés qu’il nous allait falloir combattre de nouveau. Le long des routes, des morts, hommes, femmes, animaux, par dizaines. Nous nous demandions à quoi ressemblait Paris, si la capitale était un charnier tel que ce que nous avions vu sur la côte. Si les français étaient vraiment de notre côté, ou s’ils avaient tous pactisé avec l’occupant. Les avions de la Royal Air Force fendirent le ciel orangé, en direction du soleil couchant. D’après le capitaine, ils avaient effectué des bombardements préalables et nous devrions parvenir à gagner le village assez rapidement. En vue du clocher, nous nous séparâmes en trois groupes afin de couvrir chaque axe principal et si quelques tirs se firent entendre vers l’ouest, c’est un village déserté que nous découvrîmes. Les allemands avaient fait le ménage et assassiné les quelques derniers habitants. Le capitaine entr’ouvrit la porte de l’église, s’agenouilla devant le crucifix. Alors qu’il se signait, je l’entendis psalmodier ces mots énigmatiques: “Doctor House is not Mickey Mouse.”

Quand je rentre

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 30/01/11 à 2:27

Je m’installe sur un des fauteuils en plastique jaunes de la station Grands Boulevards. Près de dix minutes d’attente, je sors l’iPod de la poche intérieure droite de mon manteau et cherche parmi la liste d’artistes le nom de celui qui collerait le mieux à mon état d’esprit.

Tandis que je me décide pour Grizzly Bear, l’odeur frappe instantanément, l’espace d’un instant j’ai l’impression que l’on vient de me faire passer une pleine bouteille sous le nez et j’ai le sentiment que mes bientôt six mois de sobriété amplifient ma perception des vapeurs alcooliques. Je repense à ce concert de Pearl Jam durant lequel, alors que je me retrouvais balloté d’un bout à l’autre de la scène, un gars devant moi essayait avec peine de boire au goulot sa vodka qu’il avait réussi, allez savoir comment, à faire pénétrer dans l’enceine du Palais Omnisports, mais dont l’ensemble de la fosse, déjà désespérée de ne pas parvenir à capter le moindre filet d’air frais, pouvait profiter des relents.

Elle est forte, presque synthétique. Colle, peinture, solvant, je me demande quel produit chimique incommodant l’on vient d’ouvrir sur ma droite. Mon voisin de siège se lève et s’en va au bout du quai: à côté de lui, un type vient de vomir la totalité de ce qui ressemble très nettement à un tartare de boeuf. Aisément reconnaissable puisqu’il sort à l’identique de ce à quoi il ressemblait quelques heures plus tôt. Le mystère de l’odeur d’alcool élucidé, je me replonge dans ma partie de Klondike, la 127ème. J’entends le type continuer de cracher et tousser. J’éviterai juste de m’assoir à côté de lui dans le wagon. Machinalement, je place un 5 de pique sur un 6 de carreau et j’attends que le métro arrive.

(non, rien)

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 6/12/10 à 2:34

sous ma veste et c’est au moment où je dévoile et pointe l’arme dans sa direction que la fille se met à crier, un hurlement puissant et strident qui se voit étouffé en moins d’une seconde parce que j’appuie sur la détente, la balle déchire la joue et traverse la boîte crânienne, pulvérisant la chair et l’os, broyant le tissu cérébral et allant se ficher tout droit dans la tête du type assis derrière, un gars chauve d’environ cinquante balais, l’impact crée un petit cratère d’où s’échappe un geyser de sang mais le type n’est pas mort parce que le crâne de la fille a fortement ralenti le projectile, la fille elle s’est écroulée contre la fenêtre, la moitié de son visage est réduite en miettes et ce qui reste de son oeil gauche est livide, le type assis à côté d’elle a envie de crier parce qu’il vient quand même de recevoir une belle partie du contenu de la tête de sa voisine sur l’épaule mais il se retient parce qu’il ne veut pas attirer mon attention, je reste silencieux, mon arme toujours pointée sur ce qui est maintenant un cadavre de fille, le type au geyser se tient le crâne et pousse des cris, sur ma droite une autre fille qui ne doit pas avoir plus de vingt ans hurle que je suis un malade et que je vais tous les tuer et elle a peut-être raison, je suis un malade et je vais peut-être tous les tuer, j’ai trois chargeurs supplémentaires dans les poches de mon manteau et au vu de la population du wagon ça serait suffisant, à ce moment quelqu’un fait ce que toute personne intelligente aurait soigneusement évité de faire, à savoir tirer la sonnette d’alarme, le résultat immédiat c’est que le métro serre les freins à bloc et s’immobilise entre les deux stations, et une personne intelligente n’a pas envie de rester bloquée entre deux stations quand quelqu’un vient d’utiliser une arme à feu dans son wagon, les cris du type et les hurlements de l’autre fille commencent à royalement me saouler alors je leur dis de fermer leur gueule s’ils ne veulent pas finir comme l’autre qui me regardait fixement depuis tout à l’heure, ça faisait trois stations qu’elle n’arrêtait pas de me regarder cette pute et ça m’a énervé alors je lui ai explosé sa gueule, et s’ils veulent pas qu’il leur arrive la même chose je leur conseille de vite arrêter de me faire chier, la fille cesse de hurler mais le type continue à crier en se tenant le crâne, puis une femme devant lui lui prend les mains et l’implore de se taire au moment où je lève mon arme vers lui et il s’exécute, j’aimerais bien que le métro reparte maintenant et je pense que tout le monde est du même avis mais je crois que le conducteur du train arrive avec une lampe de poche parce que je vois de la lumière s’approcher de nous et avant qu’il ait le temps de m’aveugler je vise la porte et dès que je le vois arriver je tire, la balle traverse la vitre et effleure le front du conducteur avant d’aller se ficher dans le mur derrière lui, je tire une deuxième fois mais il est parti en courant et je le rate de nouveau, maintenant c’est sûr il va appeller la police je crois et je maudis le gars qui a tiré la sonnette d’alarme, putain, pourquoi il a fait ça ce connard, alors je tire sur le mec dont le crâne saigne parce que j’en ai marre de l’entendre, il ne criait plus mais il émettait des petits râles chiants et ça me pèse sur les nerfs, je ne me souviens même plus pourquoi j’ai pris une arme aujourd’hui, on est quoi, jeudi ? j’avais sûrement une bonne raison de le faire mais à cause de l’autre conne qui me fixait j’ai tiré au milieu d’un wagon transportant au moins une trentaine de personnes et ça m’arrange pas d’être bloqué là, il fallait que j’aille quelque part, je ne me souviens plus où et les souvenirs peinent à revenir dans ma tête, je garde le bras tendu pour que personne n’essaie de jouer au héros, un mec se lève et me regarde avec des yeux très calmes et très doux et je lui dis tout net qu’il tente même pas de négocier parce que ça se finirait très vite et très mal alors il se rassoit, il fait de plus en plus chaud dans ce métro de merde j’étouffe et je ne sais plus depuis combien de temps nous attendons, je crois que je vois un flic sur la droite à travers la fenêtre alors je tire une dizaine de balles et je crois que je l’ai eu parce que j’entends comme un bruit sourd de chûte, mais quand je me retourne et que je regarde sur ma gauche je n’ai pas le temps de pointer mon flingue vers l’autre flic qui me tient en joue et me hurle de jeter mon arme et avant que j’aie le temps de le faire il appuie sur la

Le casse

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 2/04/09 à 17:35

Il écrase sa cigarette sur le trottoir et prend une profonde inspiration.

Dans quinze secondes il enfilera sa cagoule et contournera son fourgon Volkswagen garé à quelques mètres de la banque. Dans trente secondes il lancera vers le sas d’entrée une grenade soigneusement attachée à un pain d’explosif par un rouleau de ruban adhésif. La déflagration défoncera les portes et devrait étourdir les clients ainsi que les préposés derrière les guichets. Dans une minute il sera à l’intérieur et si tout se passe comme prévu l’alarme silencieuse aura été déclenchée. Ses trois complices se chargeront de tenir en joue le personnel et de descendre le moindre importun qui tenterait de jouer au héros. Dans sa situation, il ne peut plus se permettre de faire des sentiments, c’est chacun pour sa peau et tant pis pour ceux qui resteront sur le bord de la route. Dans trois minutes il sera en train de descendre jusqu’à la salle des coffres où il aura environ deux autres minutes pour remplir au maximum son sac avec tout ce qu’il pourra trouver. Liquide, bijoux, bons au porteur, tout. Quelques instants après il remontera pour apprendre qu’un des clients a tenté de désarmer son complice le moins costaud mais la ramène beaucoup moins avec l’estomac farci de plomb. Dommage, mec. Alors que le complice en question commencera à sortir de la banque l’arme à la main, il entendra le mégaphone des flics qui seront arrivés beaucoup plus vite que prévu, la faute à pas de chance, le copain supposé provoquer un embouteillage s’étant fait pincer quelques heures plus tôt. Il verra son premier complice répliquer aux injonctions de la police par un échange de coups de feu et tomber, le crâne volant en éclats suite à l’impact d’une balle de 9mm. Il verra son second complice le regarder d’un air interrogateur, façon de lui demander “et maintenant ?”, “et maintenant bin t’en as de bonnes, on se tire, ducon”. Il prendra en otage un des clients de la banque et s’en servira comme bouclier jusqu’à parvenir au volant du fourgon et une fois celui-ci démarré constatera que le complice l’ayant rejoint sur le siège passager a une balle dans le ventre et ne parle déjà plus beaucoup. Il libèrera l’otage quelques mètres plus loin et alors qu’il roulera déjà à vive allure vers un premier barrage de flics, se tirera une balle dans la tête, se disant qu’au moins il aura essayé.

Bon. Maintenant il faut y aller, il commence à baisser la cagoule sur son visage quand une roquette passe à environ trois mètres de lui pour aller défoncer le sas d’entrée de la banque. Quelques secondes plus tard, un gang de quatre types cagoulés pénétre dans l’établissement et ils hurlent tout en tirant en l’air des rafales de leur armes automatiques.

Il regarde ses complices, retire sa cagoule, et se dit que finalement tout ceci peut bien attendre demain.

Le tireur

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 24/04/08 à 19:35

J’entends un sifflement se rapprocher, comme le bourdonnement d’un frelon qui se précipiterait vers moi à une vitesse incroyable, puis dans un claquement sec l’arète du mur derrière lequel je suis réfugié laisse apparaître un impact. Quelques morceaux de béton volent dans ma direction, je détourne la tête pour qu’ils n’atteignent pas mes yeux.

C’est un tireur isolé. Il doit être planqué quelque part dans l’hôtel, sur la place du marché. Il n’a eu aucun mal à descendre mes deux compagnons d’armes. Peut-être est-il juste là en éclaireur, afin d’indiquer à son bataillon si la voie est libre. En tout cas, il a fait un sacré ménage: il n’y a plus âme qui vive dans le village. Ici et là, des corps jonchent les rues, les routes. Tués depuis moins de quarante-huit heures, à vue d’oeil. Pour l’atteindre, il faudrait que je parvienne à traverser la route, puis que je longe le mur de la pharmacie sur ma droite. De là je devrais pouvoir atteindre le square et ramper derrière la haie… Mais cette haie ne me protègera pas de ses balles. S’il m’aperçoit, je suis mort. Au loin, j’entends comme un grondement. Probablement mes tympans suite au bruit du coup de feu.

Quand l’ordre de mobilisation est arrivé, mon père a poussé un juron. Il avait trente-trois ans, j’en avais quinze. Il est parti en sachant qu’il n’y avait que peu de chances qu’il revienne. Ma mère étant décédée en me donnant naissance, seul mon grand-père était resté s’occuper de moi. Il avait combattu sur le front de la Marne. Les histoires qu’il m’en avait raconté, à la consternation de mon père qui lui en avait énormément voulu, m’ont hanté pendant des nuits et souvent je m’éveillai, en sueur, hagard, suite à un cauchemar où je m’imaginais fusillé, gazé, les membres arrachés par un tir de mortier.

“La guerre fait des hommes des monstres” m’avait-il dit. “On était dans nos tranchées. On voyait les gars d’en face. C’était des pauvres types, comme nous, qui n’avaient rien demandé. Nos généraux nous avaient convaincu du contraire: dès qu’on voyait quelque chose bouger on tirait sans sommation, persuadés d’agir pour le bien de notre nation, persuadés de tuer des gars qui l’avaient bien mérité. Quand au bout de quelques mois on en est arrivés à discuter avec eux, en face, entre deux canardages, on se rendait bien compte de l’absurdité de la situation. Tu parles avec ces gars et dix minutes après, un coup de feu part on ne sait d’où, alors tu commences à tirer à vue. Après des mois à ramper dans la boue, à vivre dans ta pisse et ta merde, tu sais même plus si c’est sur les ennemis que tu tires, tu n’réfléchis plus, tu n’penses plus. T’es plus humain. A la fin, personne ne gagne.”

Lorsqu’il a entendu que le Maréchal Pétain capitulait, il a presque accueilli la nouvelle comme un soulagement. Mais comme son fils n’était jamais revenu, et comme le régime de Vichy lui semblait nauséabond, il a décidé de recontacter ses vieux copains de régiment, et parmi eux certains avaient rejoint la résistance. Je l’ai accompagné. Que pouvais-je faire d’autre ? Je voulais honorer la mémoire de mon père. Je voulais donner un sens à sa disparition. J’ai été intégré au mouvement Franc-Tireur en mars 1941. J’avais dix-sept ans. J’ai passé plusieurs mois à apprendre les codes, les usages, le maniement des armes et des explosifs. En décembre de cette même année, j’ai participé à une opération de destruction de voie de chemin de fer qui fut un grand succès. A dix-huit ans, j’ai tué mon premier soldat allemand.

Un nouveau claquement met fin à mes rêveries. J’ai un peu trop laissé mon esprit divaguer, je me suis assoupi, et le tireur a vu dépasser un morceau de ma veste. Cette fois, la poussière dégagée par l’impact atteint directement mes pupilles, provoquant une désagréable sensation de brûlure. Il me faut absolument traverser cette rue. A quelques mètres derrière moi, le cadavre de mon ami Charles, encore fumant, tué d’une balle en plein front. Voyant sa tête projetée en arrière lors de l’impact, un arc de sang s’échappant de son crâne, nous nous jetâmes chacun d’un côté de la route. Yves avait choisi le fossé, j’avais choisi le mur. Yves était malheureusement en plein milieu du champ de vision de l’allemand. Il l’avait aligné d’une nouvelle balle entre les deux yeux. Je tire vers moi le corps de Charles. A grand peine, je lui retire ses bottes, récupère son arme. Je le soulève par les bras et le prends sur mes épaules, puis je tourne le dos au tireur et commence à me déplacer en pas-chassés, priant pour que mon compagnon d’infortune me serve de bouclier. Le grondement se fait plus intense et plus insistant. Je prie pour que mes oreilles me jouent des tours.

La balle traverse le dos de Charles, pénètre profondément dans mon épaule gauche puis ressort. Mon plan a échoué, la douleur me fait lacher prise, mais je sais qu’il faudra au tireur un peu de temps pour recharger, je cours, puis bondis le long du mur de la pharmacie. Si je ne me suis pas trompé, il ne peut pas m’atteindre. Un nouveau tir vient s’écraser à un mètre sur ma gauche et arrache un peu de bitume à la route. Je me faufile le long du mur jusqu’à atteindre le square. De là, je devrais facilement pouvoir arriver jusqu’en bas de l’hôtel: une fois arrivé là, il ne pourra plus me voir. Je rampe doucement en priant pour qu’aucun trou dans la haie ne révèle ma présence. Un tir vient s’échouer dans l’herbe à quelques centimètres de mon crâne. Il sait que je suis là, mais il ne me voit pas: il tire au hasard en espérant me toucher. J’avance plus vite, au risque de faire bouger le feuillage. Un nouveau tir, plus lointain celui-ci, entame le gazon à moitié mort: il n’a pas dû être arrosé depuis longtemps. J’y suis. Je longe la façade de l’hôtel. S’il a compris ce que je voulais faire, il doit logiquement m’attendre en pensant que je vais entrer par l’entrée principale. Je vais donc tenter de le prendre à revers, en continuant à longer le mur jusqu’à arriver à l’arrière-cour. Je pénètre dans l’annexe le plus silencieusement possible.

Que va m’apporter de tuer cet homme ? Je n’en sais rien. Un sentiment de revanche, peut-être. Revanche pour mes deux compagnons. Un sentiment de puissance, certainement. Lorsque l’on tue quelqu’un, on fait montre d’une volonté que Dieu seul devrait pouvoir exercer. On ressent un frisson d’excitation, ou de rage, qu’importe ? Je monte doucement par l’escalier de l’annexe et j’arrive par la porte de service dans la salle de réception de l’hôtel. Il est, normalement, juste au dessus de moi, dans le couloir. Mais il s’attend à me voir arriver de l’autre côté. J’avance à pas feutrés vers la cuisine quand soudain je comprends que ce grondement persistant n’est pas le fruit de mon imagination. Je m’approche de la fenêtre et dans un mouvement d’effroi, je vois un bataillon d’environ cinquante soldats à quelques centaines de mètres, et surtout un char Panzer Tigre orienter sa tourelle dans ma direction. Devant l’hôtel, faisant des signes de bras au Panzer se trouve un soldat allemand, armé d’un fusil à lunette. Mon tireur. Tout d’un coup il s’immobilise et me regarde en souriant. Il a compris ce que je voulais faire et il est tout simplement sorti par la porte de devant. J’ai tout juste le temps d’aligner mon fusil et de lui tirer une balle en pleine poitrine avant que le canon du char ne fasse exploser la façade de l’hôtel, et moi avec, dans une fureur de pierre et d’acier.

A la fin, personne ne gagne.

La chasse

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 11/02/08 à 20:00

(À Ute)

Je n’ai pas dormi depuis 3 jours. La tête enfoncée dans les genoux, recroquevillé dans un coin de la chambre et dissimulé derrière le lit, j’attends de pouvoir sortir. Je me suis enfermé dans un petit appartement de la banlieue londonienne, toutes lumières éteintes, depuis plusieurs heures. Ce n’est pas ma chambre. Ce n’est pas chez moi. Je ne sais même pas qui habitait ici avant. Avant… l’épidémie. Je préfére éviter de me montrer à la fenêtre: ma dernière sortie avait failli m’être fatale et j’avais eu un mal fou à les semer. Le moindre indice leur aurait permis de me suivre: j’avais donc précautionneusement fait disparaître chaque empreinte, chaque trace de mon passage. Quelque part, je sais qu’à ce petit jeu je serais finalement perdant. Je ne leur échapperai pas éternellement. Toute ma famille, tous mes amis ont disparu, tous sans exception: un véritable massacre. Je dois sortir, trouver une autre cachette. À quelques rues d’ici, je peux les entendre briser des fenêtres, défoncer des portes, pénétrer dans les habitations en hurlant. Ils sont à ma poursuite. Ils me traquent. Si je ne fais rien, bientôt, ils me trouveront. Et comme les autres, ils me tueront.

Bientôt neuf semaines depuis l’épidémie. Ce n’est pas une épidémie comme les autres. Les symptômes en sont multiples: peau blanche et violemment réactive à la lumière solaire, ralentissement extrême des battements cardiaques, coloration rougeâtre des dents et ongles, longueur anormale des dents et croissance accélérée des cheveux, paranoïa, agressivité et crises de violence. Le mode de contagion est lui aussi atypique: les malades mordent les sujets sains soit pour dévorer leurs chairs, soit uniquement pour les contaminer. Afin que la mutation soit plus rapide, ils attaquent directement à la base du cou. La presse a rapidement parlé de vampirisme. Le ministère de la santé publique a préféré utiliser le terme de type extrême et rare de porphyrie. J’avais lu tous ces articles de magazines expliquant comment se protéger de la contagion, j’avais vu les émissions spéciales en direct à la télévision, écouté tous les bulletins d’information décrivant la progression de la maladie. Rien n’avait été efficace, jusqu’à ce que la population s’en remette aux bonnes vieilles méthodes décrites dans les romans et les films: gousses d’ail, crucifix, pieu de bois en plein coeur.

La rue est redevenue silencieuse. Sont-ils partis, lassés de me chercher ? Je sais que dans cette ville tout du moins, ils ont l’avantage, et nous ne sommes plus bien nombreux à leur résister. La nuit est encore noire. Il faut que je me décide à agir. Depuis plusieurs jours je me nourris avec tout ce qui me tombe sous la main, dans chacune des maisons que je visite. Je dors assez peu, toujours sur le qui-vive, paré à fuir en cas d’une attaque soudaine. J’avais essayé il y a quelques semaines de fuir par les égoûts, malheureusement ceux-ci étaient particulièrement surveillés. Il y a quelques jours, j’ai tenté de passer par les toits et il s’en était fallu de quelques secondes et d’une ardoise particulièrement glissante, causant la chûte de mon poursuivant, pour que je m’en sorte. Je n’ai pas le choix. Cela me terrifie, mais je dois de nouveau passer par la grande rue. Je me suis permis quelques furtifs coups d’oeil afin d’observer le terrain. Au pied du lampadaire, je crois voir les reflets d’un truc métallique. Si j’ai de la chance, c’est un vélo en état de rouler. Si j’en ai moins, c’est une épave.

J’entrouvre la porte d’entrée et celle-ci émet un interminable grincement. Je vais mourir, me dis-je. Mais autour de moi rien ne bouge, et c’est le silence le plus complet à l’exception du vent qui hurle en s’engouffrant dans les ruelles adjacentes. C’est bien un vélo, posé sous l’éclairage public, et qui luit de mille feux. J’attends quelques minutes, scrutant nerveusement les recoins obscurs autour de la bicyclette, mais il n’y a toujours personne. Je me lance donc, d’un pas rapide, en direction de ma future monture, je l’enfourche, et donne un puissant coup de pédale.

Je fais un mètre environ. Puis je m’envole.

Alors que je m’écrase sur le bitume, mon bras droit et mon visage raclent le sol. Je pousse un cri mélant à la fois douleur et surprise. Une chaîne antivol maintenant fermement la roue arrière au lampadaire a freiné net tout espoir de fuite. Je saigne, mon bras me brûle mais je n’ai guère le temps de retirer les gravillons incrustés dans la chair. Ils m’ont entendu. « Il est là ! On se le fait, allez allez allez ! » je les vois sortir de leurs cachettes, ils attendaient que je sorte et que je commette une erreur, ils se savent en supériorité numérique, ils jouent avec moi. Je suis un gibier. Je ne suis que le prochain nom sur la longue liste de ceux qu’ils auront massacrés. Je me relève péniblement et commence à courir, j’entends leurs cris se rapprocher, je sens leur respiration dans mon cou. Une pierre manque de m’assommer, je me précipite dans une ruelle priant pour que celle-ci ne débouche pas sur une impasse. Sur la droite, une porte cochère. Je m’engouffre à l’intérieur de ce qui ressemble à la sortie de service d’un restaurant, mais une fois arrivé dans la cuisine je m’arrète net. Ils sont trois. Ils ont l’air surpris de me voir. Ils ont des couteaux. Je tourne rapidement les talons, mais mes poursuivants sont déjà là.

J’ai à peine le temps de sentir le pieu s’enfoncer profondément là où, avant l’infection, battait encore mon coeur. Je deviens poussière.

Accident

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 5/08/06 à 15:23

Tu ouvres les yeux, tu n’entends plus que le crépitement des flammes. Tu as la tête en bas, retenu uniquement par la ceinture de sécurité que, heureux hasard, tu as pour une fois attachée. Tu étais au dernier rang de l’autocar, assis à coté de la fenêtre de gauche. C’est à droite que le véhicule a brusquement versé. Accident ? Attentat ? Tu as eu le temps d’entendre un bruit d’explosion avant de perdre connaissance. Le moteur ? Une bombe ? Tu préfères ne pas penser à tout ça et commencer par sortir d’ici. Un rapide coup d’oeil autour de toi te laisse constater que les quelques survivants ont déjà vidé les lieux. Sur ta droite, une jeune femme, dans la vingtaine, gît sans connaissance. Le sang qui coule le long de ses joues laisse supposer qu’elle n’est déjà plus de ce monde. Au loin, tu entends le son d’une sirène.

Tu prends appui sur le fauteuil devant toi avec tes pieds, afin de donner un peu de mou à la ceinture. Tu pousses de toutes tes forces en te cambrant. Le cliquetis de la boucle est le signal de ta libération. Tu pousses encore plus fort pour ne pas tomber: tu es à près de deux mètres au dessus du sol. Tu te penches vers l’avant et de la main gauche, tu te cramponnes au dossier devant toi. Une fois solidement accroché, tu laisses tes jambes pendre dans le vide, et du pied tu tentes d’atteindre le fauteuil de la rangée opposée. Une fois que tu penses y être, tu te laisses choir et tu te déplaces rapidement vers le marteau brise-glace. Tu mets un coup de poing dans la vitre de protection. Un morceau de verre reste planté dans les chairs de ta main droite, et tu pousses un petit cri. Équipé de ton marteau, tu te redresses et tu gravis les accoudoirs pour remonter vers les fenêtres.

Un premier coup. Un second. Puis trois. Au bout d’une dizaine de coups la vitre montre des signes de faiblesse. Tu utilises le marteau pour créer une ouverture dans le verre feuilleté. Lorsque tu penses pouvoir passer, tu remontes, passe la tête par l’ouverture, et jette un coup d’oeil rapide aux alentours. Pas âme qui vive, en plein centre-ville. Pas d’autre véhicule accidenté. Apparemment, le bus est seul en cause. Tu te dresses sur tes jambes et t’extirpes bon gré mal gré, te blessant au ventre sur la vitre brisée. Tu te dresses en équilibre sur le bus renversé. Un véhicule s’approche. Un tout-terrain, à première vue. La chaleur et la fatigue t’empêchent d’en voir plus. Tu t’approches avec précaution du pneu arrière et tu tentes de descendre sur la terre ferme. Tu prends appui le long de l’essieu et tu te laisses glisser jusqu’au sol.

Le tout-terrain s’arrète à une vingtaine de mètres de toi. Deux soldats en sortent, arme à la main. Ils te crient quelque chose que tu ne comprends pas. Tu essayes de faire comprendre que tu étais dans le bus renversé, et que celui-ci a probablement été la cible d’un attentat. Au vu du trou dans le flanc gauche du véhicule, il s’agit vraisemblablement d’un tir de roquette. Le soldat de droite semble nerveux. Il crie encore quelque chose. L’autre lui parle doucement. Tu n’entends rien. Tu fais un pas dans leur direction. Derrière toi, les flammes viennent d’atteindre le réservoir de l’autobus. L’explosion te projette vers l’avant. Elle fait aussi sursauter le soldat de droite, lequel, le doigt sur la gachette, te loge une balle en plein crâne.

Tu n’as pas encore touché le sol brûlant de cette avenue de Bagdad que du haut de tes 16 ans, tu es déjà mort.

Poke

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 18/07/06 à 1:22

J’ai dû rester quatre ou cinq heures inconscient. Oui voilà, quatre ou cinq heures. Il fait nuit, je pense. J’ai des fourmis dans la jambe droite, mais rien d’insupportable. Je me nomme Michael Hawkins. J’ai 32 ans et je suis journaliste.
Il y a deux mois on m’a chargé d’enquèter sur une affaire de blanchiment d’argent dans un casino de Las Vegas. Presque une enquète de routine dans cette ville. Presque. J’étais arrivé avec $1000 en liquide, une valise dans laquelle j’avais dissimulé mon appareil photo, un dictaphone, quelques fringues de rechange et un revolver. Un détail, dans le coin. Dans les casinos, quasiment tout le monde porte un revolver sur lui sauf ces débiles de touristes qui se font régulièrement dépouiller dans les ruelles transversales sitôt leur jackpot ramassé. Les entrées des backrooms, dans lesquelles se passent les vraies parties intéressantes, étaient le lieu d’une séance de fouille au corps assez spéciale. Chaque joueur se deshabillait entièrement. Ses vêtements étaient fouillés pendant qu’on vérifiait qu’il ne portait aucune arme directement scotchée sur sa peau. Mon objectif était d’entrer dans ces backrooms, de faire connaissance avec les habitués, et d’en devenir moi-même un. Jusqu’à approcher Fred Lombardi, le propriétaire d’une vingtaine de casinos de Vegas, mouillé jusqu’au cou dans une affaire de trafic de cocaïne.
Dehors, j’entends quelques grillons. Il fait définitivement nuit.
J’ai commencé par jouer comme n’importe quel grouillot, à la grande table du hall principal du Millenium Casino. Surveillant le croupier d’un oeil, les joueurs de l’autre, je m’efforçais de miser de manière régulière, gagnant petit mais gagnant souvent. Afin de ne pas éveiller le moindre soupçon. Au bout de trois semaines à ce rythme, le croupier me lançait des regards entendus à la moindre de mes mises. Au bout d’un mois, un grand type costaud vint me voir, sourire carnassier aux lèvres, pour me proposer de vraiment mettre mon talent à l’épreuve.
J’ai un peu faim. Il me reste un morceau sous la main, mais il n’est plus vraiment chaud. Je mords dedans, tire un peu pour détacher la peau de la viande, et déguste. Une mouche finit par se poser sur l’os froid. Régale-toi, va, il en reste un peu, j’ai terminé.
J’ai joué tous les soirs dans la petite salle au fond du couloir à gauche, après les cuisines derrière la porte à double-battants du fond du hall principal. Deux molosses gardaient l’entrée, Ben et Jerry. Ouais, comme les crèmes glacées. Ils me fixaient et faisaient un petit signe de la tête alors que je passais devant eux. J’ai joué avec Marco Stampari, avec Lee Stonefield, avec Jonas Marksberg, avec Sergei Rochenko, avec tout un panel d’ordures dont les noms font de temps en temps la une des journaux. Pour eux, j’étais Owen McNamara, fils d’irlandais, descendant des immigrants du Mayflower. Ce qu’ils étaient censés ignorer, c’est qu’Owen McNamara, un vieux pote de lycée, s’était fait descendre par son dealer quelques années auparavant pour une sombre histoire de dettes.
Au loin, j’entends un chien qui hurle à la mort. Un loup peut-être ? Puis le silence revient, uniquement troublé par les pulsations de mon coeur et le bruit de ma respiration.
De fil en aiguille, de partie en partie, gagnant parfois, perdant souvent, mais honorant mes dettes rubis sur l’ongle, je fus présenté à Alfredo Lombardi. Il m’avait observé, disait-il. Il aimait mon style de jeu et voulait m’inviter à sa table. J’avais planqué un micro-enregistreur dans la semelle de ma chaussure. Ce soir-là il ne parla pas beaucoup, préférant se concentrer sur ses cartes. Je le laissai gagner facilement, histoire, dans un sourire, de placer que j’aimerais beaucoup avoir l’honneur d’une revanche. Il se marra franchement et me promit d’y penser.
Mon pied me démange. C’est ennuyeux.
Deux jours plus tard, il vint en spectateur observer ma technique de jeu. Sa femme, Gabrielle, l’accompagnait. Une actrice, ne manquait pas de dire Lombardi. Probablement une de ces starlettes venues à Hollywood connaître la gloire, mais échouant manque de rôles dans un obscur cabaret de Vegas avant d’être finalement repérée par un vieux pourri bourré de fric. Elles étaient des centaines dans ce cas. Mais Gabrielle était splendide. Tout en elle respirait la grandeur, la volupté, et le sex appeal. J’étais conquis. Elle me jeta un regard plein de mépris alors que je la dévorais des yeux. Ce jour-là, je me fis ridiculiser au poker, sous l’oeil goguenard de Lombardi.
Les démangeaisons se font de plus en plus insistantes. Je ferme les yeux pour ne plus y penser. Je me concentre sur ma mémoire et le récit de ces soixante derniers jours.
Deux jours après cette partie, un message téléphonique m’apprit que Lombardi voulait me rencontrer durant la soirée dans une suite de l’un de ses hotels. J’avais entendu dire qu’il organisait souvent des parties de poker au calme, dans une ambiance plus raffinée et plus luxueuse. Je me rendis donc au point de rendez-vous, mais la chambre était vide. Un message dactylographié posé sur le lit me disait de m’installer confortablement et de patienter quelques instants. J’eus à peine le temps de m’assoir et de boire un whisky, dont une bouteille était posée près du canapé, que Gabrielle Lombardi surgit par la porte de la salle de bains. Elle était entièrement nue sous un long foulard qui ne couvrait guère que ses épaules. Elle se dirigea d’un pas assuré vers l’entrée de la chambre, dont elle verrouilla la serrure. Puis elle se retourna vers moi et sans un mot m’embrassa fougueusement. Nous fîmes l’amour à trois reprises cette nuit-là. Alors que je m’endormais dans le lit, je me demandais encore si je n’avais pas rêvé et si tout ceci était bien réel.
Les démangeaisons ont disparu. J’ai un peu froid. Je crois que le jour se lève. J’entends quelques oiseaux.
Putain de whisky. Je n’avais pas fait l’amour avec Gabrielle Lombardi. Elle m’avait deshabillé et avait joué avec mon sexe le temps que le rohypnol fasse effet. Ensuite elle avait ouvert la porte de la chambre à Ben et Jerry. Elle était restée devant moi à se masturber, et ils avaient posé leurs questions. Ils avaient fouillé ma chambre peu de temps après mon arrivée, quelques semaines plus tôt. Ils avaient trouvé la paire de chaussures aux semelles creusées dans laquelle je cachais mon enregistreur. Ils avaient espéré que je me trahisse, mais Fred Lombardi s’était lassé d’attendre. Alors ils m’ont interrogé. Et sous l’effet de la drogue, j’ai tout raconté. Enfin, je crois. Sinon, je ne serais pas ici.
Ils m’ont embarqué en camion dans le désert. Autour de Las Vegas, il n’y a que ça. Du désert. La légende dit que certains endroits bien connus de la pègre sont remplis d’excavations: des tombes déjà toutes prètes pour se débarasser des gèneurs. Je me suis réveillé dans l’obscurité quasi-complète, un tuyau glissé entre deux planches me permettant de respirer et de voir la lumière du jour. J’ai attendu cinq jours avant de me résoudre à enfin manger quelque chose. Je suis de nouveau en train de perdre connaissance. Pour de bon, peut-être ? Malgré le garrot, j’ai perdu beaucoup trop de sang.
Les démangeaisons reprennent. Le plus étrange, c’est ce sentiment que mon pied droit est toujours là.

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