Le tireur

Dans la catégorie: Écrits — kwyxz le 24/04/08 à 19:35

J’entends un sifflement se rapprocher, comme le bourdonnement d’un frelon qui se précipiterait vers moi à une vitesse incroyable, puis dans un claquement sec l’arète du mur derrière lequel je suis réfugié laisse apparaître un impact. Quelques morceaux de béton volent dans ma direction, je détourne la tête pour qu’ils n’atteignent pas mes yeux.

C’est un tireur isolé. Il doit être planqué quelque part dans l’hôtel, sur la place du marché. Il n’a eu aucun mal à descendre mes deux compagnons d’armes. Peut-être est-il juste là en éclaireur, afin d’indiquer à son bataillon si la voie est libre. En tout cas, il a fait un sacré ménage: il n’y a plus âme qui vive dans le village. Ici et là, des corps jonchent les rues, les routes. Tués depuis moins de quarante-huit heures, à vue d’oeil. Pour l’atteindre, il faudrait que je parvienne à traverser la route, puis que je longe le mur de la pharmacie sur ma droite. De là je devrais pouvoir atteindre le square et ramper derrière la haie… Mais cette haie ne me protègera pas de ses balles. S’il m’aperçoit, je suis mort. Au loin, j’entends comme un grondement. Probablement mes tympans suite au bruit du coup de feu.

Quand l’ordre de mobilisation est arrivé, mon père a poussé un juron. Il avait trente-trois ans, j’en avais quinze. Il est parti en sachant qu’il n’y avait que peu de chances qu’il revienne. Ma mère étant décédée en me donnant naissance, seul mon grand-père était resté s’occuper de moi. Il avait combattu sur le front de la Marne. Les histoires qu’il m’en avait raconté, à la consternation de mon père qui lui en avait énormément voulu, m’ont hanté pendant des nuits et souvent je m’éveillai, en sueur, hagard, suite à un cauchemar où je m’imaginais fusillé, gazé, les membres arrachés par un tir de mortier.

“La guerre fait des hommes des monstres” m’avait-il dit. “On était dans nos tranchées. On voyait les gars d’en face. C’était des pauvres types, comme nous, qui n’avaient rien demandé. Nos généraux nous avaient convaincu du contraire: dès qu’on voyait quelque chose bouger on tirait sans sommation, persuadés d’agir pour le bien de notre nation, persuadés de tuer des gars qui l’avaient bien mérité. Quand au bout de quelques mois on en est arrivés à discuter avec eux, en face, entre deux canardages, on se rendait bien compte de l’absurdité de la situation. Tu parles avec ces gars et dix minutes après, un coup de feu part on ne sait d’où, alors tu commences à tirer à vue. Après des mois à ramper dans la boue, à vivre dans ta pisse et ta merde, tu sais même plus si c’est sur les ennemis que tu tires, tu n’réfléchis plus, tu n’penses plus. T’es plus humain. A la fin, personne ne gagne.”

Lorsqu’il a entendu que le Maréchal Pétain capitulait, il a presque accueilli la nouvelle comme un soulagement. Mais comme son fils n’était jamais revenu, et comme le régime de Vichy lui semblait nauséabond, il a décidé de recontacter ses vieux copains de régiment, et parmi eux certains avaient rejoint la résistance. Je l’ai accompagné. Que pouvais-je faire d’autre ? Je voulais honorer la mémoire de mon père. Je voulais donner un sens à sa disparition. J’ai été intégré au mouvement Franc-Tireur en mars 1941. J’avais dix-sept ans. J’ai passé plusieurs mois à apprendre les codes, les usages, le maniement des armes et des explosifs. En décembre de cette même année, j’ai participé à une opération de destruction de voie de chemin de fer qui fut un grand succès. A dix-huit ans, j’ai tué mon premier soldat allemand.

Un nouveau claquement met fin à mes rêveries. J’ai un peu trop laissé mon esprit divaguer, je me suis assoupi, et le tireur a vu dépasser un morceau de ma veste. Cette fois, la poussière dégagée par l’impact atteint directement mes pupilles, provoquant une désagréable sensation de brûlure. Il me faut absolument traverser cette rue. A quelques mètres derrière moi, le cadavre de mon ami Charles, encore fumant, tué d’une balle en plein front. Voyant sa tête projetée en arrière lors de l’impact, un arc de sang s’échappant de son crâne, nous nous jetâmes chacun d’un côté de la route. Yves avait choisi le fossé, j’avais choisi le mur. Yves était malheureusement en plein milieu du champ de vision de l’allemand. Il l’avait aligné d’une nouvelle balle entre les deux yeux. Je tire vers moi le corps de Charles. A grand peine, je lui retire ses bottes, récupère son arme. Je le soulève par les bras et le prends sur mes épaules, puis je tourne le dos au tireur et commence à me déplacer en pas-chassés, priant pour que mon compagnon d’infortune me serve de bouclier. Le grondement se fait plus intense et plus insistant. Je prie pour que mes oreilles me jouent des tours.

La balle traverse le dos de Charles, pénètre profondément dans mon épaule gauche puis ressort. Mon plan a échoué, la douleur me fait lacher prise, mais je sais qu’il faudra au tireur un peu de temps pour recharger, je cours, puis bondis le long du mur de la pharmacie. Si je ne me suis pas trompé, il ne peut pas m’atteindre. Un nouveau tir vient s’écraser à un mètre sur ma gauche et arrache un peu de bitume à la route. Je me faufile le long du mur jusqu’à atteindre le square. De là, je devrais facilement pouvoir arriver jusqu’en bas de l’hôtel: une fois arrivé là, il ne pourra plus me voir. Je rampe doucement en priant pour qu’aucun trou dans la haie ne révèle ma présence. Un tir vient s’échouer dans l’herbe à quelques centimètres de mon crâne. Il sait que je suis là, mais il ne me voit pas: il tire au hasard en espérant me toucher. J’avance plus vite, au risque de faire bouger le feuillage. Un nouveau tir, plus lointain celui-ci, entame le gazon à moitié mort: il n’a pas dû être arrosé depuis longtemps. J’y suis. Je longe la façade de l’hôtel. S’il a compris ce que je voulais faire, il doit logiquement m’attendre en pensant que je vais entrer par l’entrée principale. Je vais donc tenter de le prendre à revers, en continuant à longer le mur jusqu’à arriver à l’arrière-cour. Je pénètre dans l’annexe le plus silencieusement possible.

Que va m’apporter de tuer cet homme ? Je n’en sais rien. Un sentiment de revanche, peut-être. Revanche pour mes deux compagnons. Un sentiment de puissance, certainement. Lorsque l’on tue quelqu’un, on fait montre d’une volonté que Dieu seul devrait pouvoir exercer. On ressent un frisson d’excitation, ou de rage, qu’importe ? Je monte doucement par l’escalier de l’annexe et j’arrive par la porte de service dans la salle de réception de l’hôtel. Il est, normalement, juste au dessus de moi, dans le couloir. Mais il s’attend à me voir arriver de l’autre côté. J’avance à pas feutrés vers la cuisine quand soudain je comprends que ce grondement persistant n’est pas le fruit de mon imagination. Je m’approche de la fenêtre et dans un mouvement d’effroi, je vois un bataillon d’environ cinquante soldats à quelques centaines de mètres, et surtout un char Panzer Tigre orienter sa tourelle dans ma direction. Devant l’hôtel, faisant des signes de bras au Panzer se trouve un soldat allemand, armé d’un fusil à lunette. Mon tireur. Tout d’un coup il s’immobilise et me regarde en souriant. Il a compris ce que je voulais faire et il est tout simplement sorti par la porte de devant. J’ai tout juste le temps d’aligner mon fusil et de lui tirer une balle en pleine poitrine avant que le canon du char ne fasse exploser la façade de l’hôtel, et moi avec, dans une fureur de pierre et d’acier.

A la fin, personne ne gagne.

Cute overload

Dans la catégorie: Misc — kwyxz le 19/04/08 à 15:18

I haz mai first kiss

Yet another friday night

Dans la catégorie: Humeur — kwyxz le 19/04/08 à 3:12

Je pars du taf vers 18h45, je passe chez moi histoire de déposer mon sac et je file rejoindre Sushi et Fred au Rendez-vous des Amis. Pas de bol, je me mange une averse de malade mental dès la sortie du métro et en prime l’escalier menant direct au bar est “en travaux, rue barrée” mes fesses etc. Je fais donc le détour par la rue Berthe. Une fois arrivé un premier pichet histoire de prendre la température du lieu puis nous nous dirigeons au Refuge des Fondus rue des trois frères histoire de nous taper une bonne grosse fondue savoyarde et un biberon de pinard dans une ambiance assez unique. Retour au Rendez-vous des amis pour un nouveau pichet de bière, « O hai, english ? American ? » puis nous descendons au Edwards & Sons où une tournée d’absinthe va nous porter un coup assez fatal. Nous continuons avec de la Corona, une bouteille puis deux, puis descendons vers le Truskel, une bouteille puis deux, et l’alcool commence à faire son effet, nous rejoignons Canelle et Lauren devant le Social Club, what 20 Euros l’entrée ? Mais no way, direction la station Velib la plus proche et ouai, complètement bourré le Velib’ c’est le pied, en 20 minutes je rentre chez moi, d’ailleurs ce post j’ai dû mettre 3 fois plus de temps que la normale à le taper vu que je suis vraiment raide saoul.

Edit: sept heures plus tard, putain de mal de crâne, mais c’était une chouette soirée.

Edit: neuf heures plus tard, toujours mal à la tête, qu’est-ce-que j’ai foutu de mes cachets d’aspirine.

Life may be not good, but OK

Dans la catégorie: Gratuit³ — kwyxz le 16/04/08 à 8:53

Dans le cadre de nos fameuses soirées gratuit gratuit gratuit (certains diraient posts sponsorisés) j’ai une fois de plus eu la chance d’être gentiment invité par Flaoua à une sympathique soirée toujours organisée par LG et toujours au Wash Bar. Les communicants de la marque avaient de nouveau fait les choses de fort belle manière, avec petits fours étranges mais bons (la crème de maïs passe toujours bizarrement, il faut bien l’avouer) et boisson à foison (la vodka-cranberry me réussit toujours autant). Cette fois-ci le produit soumis au jugement des blogogeeks était le baladeur mp3 LG DVB T80 qui se pose à priori en concurrent de l’iPod Touch avec son grand écran entièrement tactile.
Dès mon arrivée j’ai pu mettre la main sur un exemplaire de l’objet et une fois les écouteurs (profilés pour des extraterrestres au conduit auditif bizarrement foutu) dans les oreilles, j’allume la chose. Évacuons tout de suite le sujet qui fâche: l’UI est catastrophique. Le menu d’accueil représente une sorte de roue qu’on s’attendrait à pouvoir faire tourner d’un glissement de doigt, il n’en est rien, il faut cliquer d’un doigt sur chacun des icônes pour les déplacer en bas dans la sélection et cliquer une seconde fois pour valider. Ensuite c’est parti pour une balade dans des menus à rallonge écrits pas très grand et difficilement accessibles pour peu qu’on ait des doigts d’une taille humaine. Chaque sélection nécessite un double-clic et quand on parvient, enfin, à lancer son mp3, c’est un soupir de soulagement: le son est excellent, heureusement. Une fois ce premier test effectué je décide de voir un peu ce que ce baladeur a dans le bide malgré son interface franchement ratée, et là-dessus il faut reconnaître que la machine assurre. La lecture de vidéos est très fluide, l’écran est agréablement dimensionné, et surtout la présence d’un tuner DVB-T permet de constater que TF1 diffuse encore CSI, c’est la quinzième redif ou quoi ? Bon le volume est trop fort, je vais le baiss… tiens pourquoi ça monte ? Et là deuxième problème d’ergonomie: selon qu’on écoute un mp3 ou qu’on regarde une vidéo, les deux boutons du volume n’agissent pas de la même manière: puisque la lecture de mp3 se fait à la verticale, le bouton du haut monte le volume, mais quand on regarde une vidéo on penche à 90° l’appareil dans le sens antihoraire et là une jauge apparaît, le bouton du haut est situé à gauche et sert donc à baisser le volume. C’est un brin aberrant et franchement troublant, heureusement il est possible de modifier le volume de manière tactile en dessinant un cercle à l’écran. Dernier mauvais point: il faut a priori utiliser un soft propriétaire made by LG pour uploader sa musique, bon là vous me direz l’iPod ne fait pas mieux certes, mais ça saoule quand même. En bref l’engin est techniquement très chouette, mais l’interface utilisateur est complètement à revoir, peut-être que des upgrades firmware arrangeront ça. Je n’ai pas testé les jeux et d’autres trucs, mais ça semblait bien foutu.
La soirée, elle, était une fois de plus irréprochable avec deux petits jeux sympa permettant de gagner des lots, et si l’équipe rouge était indéniablement plus nombreuse et avait donc plus de chance de l’emporter, les deux gagnants étaient indiscutablement les meilleurs joueurs même si j’ai reconnu K2000, Supercopter et McGyver au blind-test de génériques, donc même pas de rancune, en plus le DJ nous a fait un blind test privé rien que pour nous quatre (Klaims, Angèle, Bap* et moi) à la fin, bref, that’s cool, merci LG et Flaoua une fois de plus, vivement la prochaine en espérant qu’on veuille encore m’inviter à manger gratuit après les critiques que je viens de publier.

With a little help from my friends

Dans la catégorie: Misc — kwyxz le 11/04/08 à 0:03

Mitch. Coute. Romain. Hugo.
Trois planches.
Trois pintes chacun.
Trois tournées de shots de manzana.
Une tournée de shots de tequila.
Deux tournées de shots de B52.

Putain merci les mecs. Je vous aime.

Pub éhontée

Dans la catégorie: Misc — kwyxz le 10/04/08 à 17:31

We Are The 90's Session #4

Recommandé par moi, ce qui est quand même largement plus la classe que par des gros nazes d’Influenceurs.

Plateforme

Dans la catégorie: Humeur — kwyxz le 8/04/08 à 21:29

Après ces quatre jours passés à Vienne, je pourrais parler de plein de choses, du Zoo de Schönbrunn, du Quizz du Charly P’s, du sourire et des yeux de Elsa à l’aéroport, du mec qui se fait engueuler dans l’avion, d’on s’en fout on est des français, du restaurant tibétain zen mais engagé, du jacuzzi qui masse les couilles à Baden, bref de plein de choses dont j’ai quelques photos ici.

Mais j’ai retrouvé durant ce week-end quelque chose que ma mémoire avait préféré enfouir loin, loin, et auquel j’avais déjà eu droit lors d’un séjour en Allemagne voici quelques années.

Ce quelque chose, c’est la plateforme à caca.

En effet, là-bas les toilettes comportent une sorte de plateforme en dessous des fesses. Ce qui y tombe n’arrive donc pas dans l’eau, mais atterrit sur un étage surélevé. Voici un petit schéma rapidement dessiné à la souris.

La plateforme à caca

C’est probablement destiné à éviter les éclaboussures en cas de chûte d’étron, mais bien évidemment c’est une idée catastrophique, et on s’en rend rapidement compte les lendemains de fête. Ça daube, mais ça daube, c’est une véritable infection.

Des traumatismes comme ça vous marquent à vie.

Tender Pom Pompidou Forever

Dans la catégorie: Monte le son — kwyxz le 3/04/08 à 0:38

C’est mon coup de coeur du moment et je risque de saouler un paquet de gens avec pendant quelques semaines, mais décidément je n’ai de cesse de crier mon amour pour la musique de Tender Forever, alias Mélanie Valeira, la bordelaise expat’ aux US, femme-orchestre et groupe à elle toute seule, puisqu’elle écrit, compose, et joue l’intégralité de sa musique.

Un premier groupe de 1ère partie tellement anecdotique que je ne me souviens même plus du nom (le chanteur devra apprendre à moins se la pèter, ça c’est bon pour quand on est déjà connu), un second groupe bien plus intéressant à savoir Vale Poher, y’a de l’énergie, de la conviction, ça bouge, c’est pêchu, et on est un peu degs d’être assis dans la salle de concert du Centre Pompidou parce qu’il y aurait eu moyen de mosher un peu. Dommage.

Puis vient l’heure tant attendue et c’est par un hilarant exercice de post-synchro que commence le set. Ce bon vieux tonton Georges est à l’écran, et c’est Mélanie herself qui effectue le doublage, commentant “l’irrésistible ascension du groupe de renommée internationale Tender Forever”. Parce qu’un concert de Tender Forever, c’est avant tout un show, un spectacle, vu que la moitié de la musique sort d’une bande même pas mixée en live, et Mélanie le sait, elle doit assurrer une véritable prestation scénique pour que le public n’ait pas l’impression d’être en train d’écouter le disque. Une conclusion s’impose: ça marche. Qu’elle s’amuse avec son écran et les personnages qui y sont projetés sur l’émouvante Heartbroken forever, qu’elle use d’une Wiimote+nunchuk interfacés avec son Mac pour jouer les percussions sur No one will tell no one for sure, qu’elle improvise une blague sur scène, elle démontre immanquablement un talent et un sens de la scène hors du commun: reprendre Justin Timberlake au ukulélé, excusez du peu. Ne reste plus qu’à espérer qu’une telle énergie et une telle fulgurance ne disparaîtront pas aussi rapidement qu’une furtive étoile filante et que Tender Forever dure, réellement, forever.

Merci à Fonfek, accompagnatrice-fan, pour les quelques photos et vidéos trouvables ici. Et pour un aperçu auditif de ce que ça donne, je vous montre le chemin.