Pauvres patrons

Dans la catégorie: Humeur,Pol fiction — kwyxz le 14/04/06 à 14:08

Quand Le Monde nous fait découvrir ces entreprises pour qui le CPE était une bénédiction, c’est beau comme du Roger Gicquel: les patrons ont peur. Les patrons sont des victimes innocentes. La cause ? Simple: « Ces soucis viennent pour l’essentiel des difficultés rencontrées avec les débutants. Certes ceux-ci sont, dans leur majorité, assimilables. Mais certains procurent au chef d’entreprise des ennuis qu’il est impossible d’imaginer de loin.
Parmi ceux que le système éducatif (famille, médias, école), notoirement dégradé, envoie aux entreprises se trouvent en effet des personnes qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter, ni parler, ni écouter, ni se laver, ni respecter un horaire, ni admettre qu’on leur donne un conseil – ou qui, sans présenter toutes ces lacunes, en conjuguent plusieurs, fort gênantes. Quand vous êtes patron et que vous tombez sur un de ces cas-là, c’est dur ! Mais il sera soutenu par sa famille, ce qui compte dans nos petites agglomérations. Le syndicaliste de la ville la plus proche viendra le défendre pour mener la lutte des classes dans l’arrière-pays, et fera tout pour vous envoyer devant les prud’hommes. Les indemnités réclamées sont de nature à couler votre entreprise et vous-même. Vous vous tirez de l’épreuve, au mieux, avec plusieurs jours et nuits d’angoisse. »

Quelle effroyable situation ! Pauvre patron d’entreprise qui bien malgré lui embauche n’importe qui, ou plutôt non, qui embauche un excellent acteur. Acteur tellement convaincant qu’il a réussi lors de l’entretien préalable à faire croire qu’il savait lire, écrire, compter, parler, écouter, se laver et arriver à l’heure ! Ou bien peut-être oblige-t’on ces malheureux à embaucher un quota d’asociaux complets, au titre de la discrimination positive ? Quelle abominable législation que la notre, qui empêche l’honnête patron, innocente victime de notre modèle social archaïque, de licencier un salarié aussi incompétent ! On devrait d’ailleurs, à titre préventif, mettre en place une loi qui permettrait d’envoyer en prison le minable qui a embauché l’autre débile.

11 Commentaires »

Commentaire de batou

15/4/2006 @ 23:45

On t’y verra après ton troisième procès aux prud’hommes alors que t’essaies de faire tourner une boite de 10 personnes.


Commentaire de Bap*

16/4/2006 @ 12:04

+1

Et pourtant je ne suis pas un défenseur acharné du CPE.
Mais dire qu’il y a un taux égal de psychopathes chez les patrons que chez les employés, ça me parait être d’une logique implacable.

Etablir en vérité “Employés = victimes, Patrons = bourreaux” me gonfle au plus haut point et surtout reflète bien un clivage franco-français de merde.


Commentaire de kwyxz

16/4/2006 @ 14:15

Mais dire qu’il y a un taux égal de psychopathes chez les patrons que chez les employés, ça me parait être d’une logique implacable.

Aucun problème avec ça. Je m’entends super bien avec mon patron hein, faut pas croire ;)

Maintenant le coup du pauvre patron innocent de l’article qui n’a rien vu venir avec un employé décrit comme un dangereux asocial tout juste bon à enfermer m’a quand même bien fait pitié.


Commentaire de batou

16/4/2006 @ 19:16

Si tu savais, mon pauvre kwyxz, si tu savais :)

(Bon, certes, les cas que j’ai rencontré savaient lire, écrire(erm), compter, et se laver….mais pas lire l’heure sur une horloge à aiguilles)


Commentaire de Manuel Menal

17/4/2006 @ 0:03

Je sais pas lire l’heure sur une horloge à aiguilles. Dois-je être immédiatement viré ? Pour l’instant, je m’en sors très bien en amenant mes propres réveils.

Le fait est que la judiciarisation de la vie sociale et professionnelle est nuisible à tous, particulièrement aux plus faibles (je ne crois que les class actions puissent remplacer attentivement la véritable action collective). (D’ailleurs, c’est pour ça que le CPE, c’était mal.)

En revanche, voir dans le post de kwyxz une vision caricaturale de la relation patronat / salariat me semble bien refléter un clivage franco-français que l’on est en train de créer de toute pièce. À bon entendeur…


Commentaire de batou

17/4/2006 @ 18:06

En revanche, voir dans le post de kwyxz une vision caricaturale de la relation patronat / salariat me semble bien refléter un clivage franco-français que l’on est en train de créer de toute pièce.

Je saisis mal ton point de vue, là…


Commentaire de Nam

18/4/2006 @ 8:31

Le problème actuel aussi, c’est que certains “jeunes” ne supportent plus la moindre remarque !

Pour certains, arriver à l’heure est impossible, et leur faire remarquer s’apparante à du harcèlement …
Faudrait rétablir un peu la notion de respect chez certains …

Quand à ceux qui ne savent pas lire, moi je dis que c’est la faute à cette saloperie de méthode globale. Mais bon, je suis pas spécialiste donc j’ai sûrement tord …


Commentaire de Manuel Menal

18/4/2006 @ 11:52

@batou: regarde et relis. kwyxz fait une remarque sur une partie ridicule et caricaturale à souhait d’un article. Article particulièrement intéressant puisqu’on retrouve cette argumentation dans la bouche de pas mal de patrons actuellement (entendu en débat, un représentant CGPME: “il m’a fallu 1 an et 8 mois pour me rendre compte que ma secrétaire maîtrisait pas assez le Français”). Et tout de suite, on lui tombe dessus à bras raccourcis parce qu’il serait “anti-patron”. Mais où a t’il dit ça ? Nulle part.

Le problème, c’est que c’est aujourd’hui une réaction qu’on se prend un peu partout. Quand on refuse que les protections accordées aux salariés par le droit du travail soient levées parce qu’elles permettraient aux patrons de licencier à merci, on est anti-patrons (ben oui, quoi, les patrons y ont pas intérêt (logique, puisqu’ils le demandent !) et ils vont faire tout bien). Une certaine élite, totalement convaincue par les mérites de la flexibilité, aime bien voir dans le “bas peuple” les pires réflexes dès qu’ils ne sont pas d’accord : europhobie, démagogie anti-patrons, … C’est en ce sens qu’on crée un clivage franco-français de merde, les gens croyant effectivement dans l’assertion de Bap` étant extrêmement minoritaires en France (en fait, idéologiquement on a largement tendance à aller dans l’autre sens). Par contre, les gens qui la dénoncent, fouyaya…

Soyons juste un peu raisonnables et dispensons de nous de lâcher les chiens (de garde ?) à chaque fois que quelqu’un ose critique un patron.

@Nam: bon, je passe la rengaine sur le “respect” et sur les jeunes qui supportent plus rien, hors sujet et ma foi pas bien passionante (j’ai eu la même en conversant avec le gardien polonais alcoolique y a 20 minutes). En revanche, note le bien : sauf dans quelques très rares écoles où les instituteurs avaient une motivation/formation particulière, la méthode globale n’a jamais été appliquée en France, elle n’est pas au programme. La méthode syllabique pure est encore parfois enseignée, mais ce sont globalement des méthodes semi-globales, semi-syllabiques qui sont utilisées aujourd’hui. Il n’y a de “massacre de la licence globale” que dans la tête de certains ministres et d’une fédération de parents d’élèves. Il y a surtout des instituteurs de CP diversement formés et pas tous capables de faire apprendre à lire (ce qui n’est pas une mince affaire).


Commentaire de Nam

18/4/2006 @ 14:00

@Manuel :
Ben, si je cause “méthode globale”, c’est justement parce que je connais un gamin de 10 ans qui a appris à lire avec ça près de chez moi (ou avec la méthode semi-globale, mais c’est pas sûr)…
Et ben, le résultat est pas fameux quand même …

Pour en revenir sur le sujet, il est toujours dur pour un patron de se mettre dans la peau d’un “ouvrier”, et inversement.
Les obligations, les buts, les moyens ne sont pas les mêmes.

J’ai connu une personne, bossant dans le bâtiment, qui n’arrêtait pas de gueuler contre son patron. Il a fini par se mettre à son compte, et maintenant qu’il est “de l’autre côté”, et qu’il est à son tour patron, il relativise pas mal son ancienne façon de penser.

Maintenant, le CPE… ben … je sais pas trop quoi en penser. Oui, c’est une source de précarité pour nos jeunes. Mais bon, les emplois jeunes, c’était pas vraiment mieux je trouve … (J’ai même eu droit à un truc encore plus précaire mais bon …)

Le problème se situe, à mon avis, à différents niveaux.
D’une part, on a voulu en france former trop “d’intellectuel” : adieu les ouvriers manuels !
D’autre part, les charges sur les patrons sont franchement énormes !!!
Je n’ai aucun pouvoir là dessus, mais je pense que si l’état réduisait ces charges de façon sûre et durable, certaines entreprise n’hésiteraient pas à embaucher …


Commentaire de batou

18/4/2006 @ 15:10

manuel : effectivement, on est bien d’accord.

Je parle juste de mon cas à moi que j’ai connu et vécu au quotidien : C’est pas si facile que ça pour un patron de “percer à jour” un cas social.

Tout comme c’est pas facile pour un candidat de se rendre compte à l’entretien que son patron est un enculé qui va le virer au bout de 18 mois sans indemnités en invocant un prétexte bidon.
(Oui, j’ai vécu les deux cas sus cités, et c’était pas fun, pour l’un comme pour l’autre)

Je suis parfaitement conscient que la connerie est universelle des deux côtés, que ce soit employeurs ou employés, le problème c’est que contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle n’est pas décelable au premier coup d’oeil :/

Je pense qu’on a tous au moins une histoire ou deux (ou au pire on va lire le daily wtf ;3 ) d’informaticiens qui ont été embauchés sans problèmes, et où on se rend compte 24 mois après que ce sont de gros mauvais qui ne devraient même pas approcher un clavier à 10m :)
Après, pour une secrétaire qui ne parle pas le français, je ne sais pas, mais j’ai bien rencontré une comptable qui faisait des erreurs de calcul monstrueuses, du genre oublier les retenues dans un bilan de tva.


Commentaire de toutankh

19/4/2006 @ 7:35

Parler des “patrons” de façon aussi globale me semble une erreur. Entre le gars qui est son propre patron, voire qui prend un stagiaire de temps en temps, et celui qui dirige 600 000 personnes, il y a à mon sens autant de points communs qu’entre un opossum et un phoque (les deux sont des mammifères). Le clivage dont vous parlez commence peut-être là ? On ne parle pas de façon globale des “travailleurs” (sauf certaines caricatures sur pattes), je ne vois pas pourquoi on le ferait avec les employeurs (à moins là encore d’être caricatural).


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